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# L'après
Thème du café des matheuses du 6 février 2026:
Balancer c'est dur et ça fout la merde partout avec un résultat peu clair : comment faire pour reconstruire et en tirer quelque chose qui a une valeur pour la collectivité?
Remarque: On ne donne pas de noms par peur de conséquences juridiques et autres représailles.
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On était une douzaine
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**C’est une histoire qui a plusieurs débuts possibles:**
L’histoire d’une chercheuse qui trouve une épaule amicale chez un collègue, et l’épaule qui devient trop familière, et puis hostile, et qui se met à profiter d’elle et l’écraser.
Celle d’une collaboration, qui commence par une question de maths et dégénère en harcèlement.
C’est l’histoire d’une jeune étudiante de master prometteuse qui se trouve en grande difficulté financière durant le covid et qui trouve une épaule amicale chez un collègue influent, qui lui trouve des financements et puis abuse d’elle.
C’est l’histoire de l’encadrante de cette étudiante, qui la voit sombrer sans comprendre pourquoi et qui passe un temps fou à essayer de l’aider.
C’est l’histoire de cette coordinatrice du master, qui accepte une étudiante prometteuse, qui la voit déchoir sous une emprise toxique et qui passe un temps fou à discuter avec les médecins, la cellule handicap, la scolarité pour essayer de gérer la situation.
C’est l’histoire de cette collègue qui a tout vu mais rien compris et qui se réveille la nuit en se demandant si l’étudiante est pas en train d’en finir.
C'est l'histoire de cette lanceuse d'alerte, qui y a laissé énormément de plumes parce qu'elle n'a pas voulu fermer les yeux.
Ces histoires c’est aussi les histoires d’hommes parfois charmants et appréciés dans leur communauté, qui se sentent victimes des charmes et de la roublardise feminine. C’est aussi l’histoire des collègues, qui voient la difficulté des relations hommes-femmes et qui inconsciemment préfèrent rester entre eux.
C’est enfin l’histoire d’une communauté, qui crée des cellules VSS et autres comités parités, composés au mieux de collègues engagées et incompétentes, sans voir que ces cellules offrent aussi une couverture idéale aux prédateurs, une ligne de CV vertueuse à des égoïstes et un gouffre chronophage pour les quelques collègues de bonne foi, trop souvent des femmes (qui perdent beaucoup de temps de recherche).
**Et puis un jour quelqu’un parle**, à la cellule locale, celle de l’université ou encore à la police. On prendra peut-être des mesures préventives (qui ressemblent à s’y méprendre à des CRCT), quelques fois même des vraies sanctions de quelques mois, voir un peu plus mais pas beaucoup. On a vu la communauté décider, de manière totalement désorganisée et arbitraire, de désinviter une personne des conférences, pour combien de temps c’est pas clair (ou pas, j’en ai vu au moins un dans le programme de l’ICM 2026).
Dans tous les cas comme tout se sait dans notre petit monde l’histoire passe à la cour du peuple, sous une forme plus ou moins déformée, avec une publicité plus ou moins élargie et des verdicts plus ou moins unanimes: de qui penser qu’un tel s’est fait allumer pour une pauvre blague inoffensive et de qui penser qu’on laisse courir les violeurs. Le labo et la communauté en parle, prend parti, fait et défait des amitiés… et puis oublie.
Les personnes directement concernées elles n’oublieront jamais, et il faut appréhender l’après, cohabiter dans le même labo, se retrouver dans des mêmes comités, être jugée par un ami de quelqu’un qu’on a dénoncé, à chaque bourse ou prime refusée se demander si il y a une raison cachée.
C’est cette histoire qu’on aimerait écrire aujourd’hui, avec clairvoyance mais aussi une touche d’espoir et de bonne humeur, parce que c’est la nôtre.
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**Réactions et sentiments évoqués lors de ce café:**
- Le seul fait qu'on en parle est très important pour les victimes, on ne revient pas sur l'utilité de parler.
- Dans un cas (ancien) où il y avait eu non-lieu, le labo a émis des règles concrètes (comme de laisser les portes ouvertes, ce qui n'est pas toujours possible).
- Attention au biais qu'on peut avoir quand on est restée dans un domaine, une tendance à juger que certaines choses ne sont pas si graves (biais de la survivante). Soit parce qu’on les a (sur)-vécues et "ça va", soit parce qu’on ne les a pas vécues ou pas remarquées ; elles ont dans tous les cas un coût en temps et énergie qu'il n'y a aucune raison de laisser se perpétuer, et qui, selon les cas, peuvent avoir des conséquences graves.
- Recueillir un témoignage de harcèlement ou agression est extrêment chronophage, traumatisant et potentiellement mauvais pour la carrière des collègues qui aident mais n'est jamais pris en compte. Cela semble irresponsable de mettre les collègues (des comités VSS) dans cette situation. Il faudrait un médecin pour recueillir ces témoignages, qui comprend les traumatismes psychiques et le secret professionnel.
- Lors d'une suspension préventive (qui est dans les faits une décharge de service pour les enseignants-chercheurs), prévoir aussi une décharge de service pour les personnes qui y ont investi du temps et de l'énergie, ou alors une prime avec des vrais sous.
- Si la personne incriminée reconnaît ses erreur c'est pas la même chose que si elle ne les reconnaît pas, il faudrait à minima une médiation lorsque l'agresseur présumé revient au travail.
- Pour un agresseur présumé qui ne reconnaît pas ses torts et qui s'en sort avec un non-lieu, ne pas sous-estimer les dommages qu'il peut faire dans des comités divers en dénigrant les personnes qui ont parlé.
- On aimerait que nos institutions nous soutiennent plus concrètement, par exemple en protégeant le temps des lanceuses d'alerte, mais aussi leurs carrières, et en arrêtant de décharger leurs responsabilités sur les collègues.
- On se pose la question plus générale du dénigrement académique et harcèlement (non sexuel), qui frappe les collègues femmes (même établies) bien plus que les hommes (et qui donc est sexué) et qui n'est pas du tout traité comme VSS, alors que c'est en fait le même mécanisme.
**Pistes concrètes évoquées lors de ce café:**
- Demander à l’INSMI de faire le travail de rappeler le code de conduite professionnelle : se prémunir des conflits d'intérêts inévitables quand une situation de pouvoir (de prof à étudiant.e, de maître.sse de stage à stagiaire, de directeurice de thèse à doctorant.e, de supérieur.e à subordonné.e hiérarchique...) entache une relation amicale, sexuelle ou amoureuse, ne pas considérer le lieu de travail comme un lieu de drague, savoir comment réagir quand un.e étudiant.e nous drague, ne pas faire de blagues qui peuvent gêner les collègues, avoir à l'esprit que les commentaires (y compris compliments) sur le physique sont toujours déplacés dans le cadre de relations de travail...
- Il faudrait **un médecin** pour recueillir ces témoignages, qui comprend les traumatismes psychiques et le secret professionnel. (Une personne qui avait été formée pour ça n'était pas d'accord et ne pense pas qu'un médecin fera mieux qu'un académique car il ne comprendra pas le fonctionnement du milieu.)
- Il faudrait une **médiation professionnelle** lorsque l'agresseur présumé revient au travail (**pas** les collègues des comités parité ou VSS).